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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 11:36
sentier-d-ecriture-St-Cyprien10.JPG


Au dessus de moi un luminaire boule. Un jacquard passe avec bruit. Beaucoup de bruit. Vélo rouge et rose. Complet étourdissement. Faut faire des phrases. Peut-être. Atmosphère d’énervement. Des mégots. Des tasses sales. Des vieux avec des cannes. Je ne suis pas sûre de tout comprendre. De tout bien faire comme il faut. Rires à la menthe à l’eau. La cohue est antipathique. Livré avant le dîner, mais commander après le déjeuner. Passe une blondasse masculine. Non ! C’est un homme. Bottes seventies. Une demi-heure, c’est long ! Ha ! Ha ! Rires. Sondage. Scribe. Haltérophile. Couple gay, beau. Cerise sur fond noir, mais pas celle de Groupama. Bottines orange. Chouettes ces bottes ! Doux mois de novembre. Un grand monsieur tout rond fume un gros cigare. Il est loin et pourtant je sens l’odeur du cigare. Vieille petite dame aux allures d’ado. Téléphone britannique.  Marc, Karl et John. Karl avec un K. Cerise sur fond noir, le retour. Encore. C’est marrant tous ces gens. J’ai les cheveux tout gras à cause de la pollution. Une fille avec une jupe si courte, un garçon avec un jeans porté si bas, qu’on voit leurs culottes à tous les deux. Amoureux. Amouroux avec X. Il fait peur le monsieur. Talons aiguilles vernis grenat. J’ai mal aux pieds pour elle. Bobo dynamique, jacquard à trottinette. Manteau de cuir façon Gestapo. Bas résilles. Bras nus. Béret Titi parisien. Audrey Hepburn. Je n’ai pas le même cheminement que Geneviève. Waouh ! Couple de vieux gays rigolos. Il y en a un qui ressemble à son chien. C’est marrant les gens ici. Ça ressemble à Beaubourg. Cheveux rouges, yeux bleus. Démarche lourde. Ou juvénile. La mode est étrange en ville. Fais risette à maman, fais une risette à tonton. Les passants sont pressés. Je n’aime pas les chaussures bicolores. Ni les pulls à trous. Les gens sont face à face et se parlent par téléphones interposés. Bébé à bonnet rouge rayé banc. La mémé à dégaine d’ado repasse, ça se voit quand elle se retourne qu’elle est vieille. Elle fume une cigarette qui fait rire. Ça sent d’ici. C’est bientôt l’heure.

 

 ecriture detail20
Faby Robinson

 
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 11:24
 


9h59

Une pomme tombe d’un étal au marché St. Cyprien. Extérieur face au pont St. Pierre. Une petite fille blonde prend un air penaud. Le marchand fait les gros yeux. La maman fait comme si de rien était.

10h02

Intérieur entrée  gauche. Les huîtres Marennes élevées Oléron sont à 1.50€ la dz. Non ! Une huître sournoise dissimulait une partie de l’écriteau. En fait : 7.50€. Je me disais aussi.

10h03

Sur le même étal des petites (enfin, pas tant que ça) crevettes grises. Mais un peu roses quand même. Mais petites. Ça me rappelle les cornets de petites crevettes grises, quand j’étais petite que je grignotais pendant le temps des courses.

10h04

 De l’andouillette panée (quelle drôle d’idée). Nostalgie normande.

10h05

J’ai faim !

10h07

J’ai envie d’un gâteau.

10h08

Devant le rive gauche (c’est un café). Donc sur la rive gauche ( ?). Ça sent le thym et l’ail. J’ai pensé farigoulette. C’est joli, mais je ne sais pas ce que ça veut dire.

10h09

J’ai mal aux yeux. Mes lunettes sont dans mon sac. Le souci avec les sacs à dos : c’est qu’ils se portent dans le dos, justement. C’est pas super pratique. –« aller, cours avec les pigeons ». Une dame a dit ça à une petite fille et  lui court après à son tour pour qu’elle ne se fasse pas renverser par une auto. –« regarde devant toi » dit d’un ton brutal une dame à un petit garçon qu’elle tire par la main. Vinci. Pas léonard. Le parking est ouvert et accessible aux handicapés. Odeurs. Ça sent un mélange de fruits (agrumes). Oranges. Pressées ? De pain aussi. Brulé ? Un vieux monsieur ajuste ses lunettes. Il attend son panier en forme de couffin à ses pieds. Mon regard croise celui d’un monsieur avec des lunettes à grosses montures noires en bakélite. Il me regarde bizarrement. Est-ce parce que je suis assisse sur une bitte (j’aime pas ce mot, mais je n’en sais pas d’autre) en faux marbre (plot ?)(Non, ça veut rien dire) qui sent certainement l’urine canine. J’ai le sentiment d’être vulgaire en écrivant « bitte ». Je vais me renseigner sur un éventuel synonyme. Un mot plus joli à l’oreille. Je ne sais pas s’il en existe et s’il peut être plus joli.

Pourquoi est-ce que je trouve le mot « bitte » vulgaire ?

10h11

En rentrant par une entrée latérale, je découvre une fontaine, éteinte, que je n’avais pas remarquée tout à l’heure, alors que je suis forcément passée devant. C’est sûr. Je reconnais les étals des marchands alentours. Un chien jappe de l’autre côté de la porte. Sans doute un petit format. Les jappements sont aigus et hargneux.

10h12

Je sors. Il s’agit effectivement d’un petit chien. Genre…Milou de Tintin. Un fox terrier. Voilà. C’est un fox terrier.

10h13

Il pleut !

J’ai rendez-vous  avec N. Je la cherche du regard. Je ne la vois pas. Elle m’interpelle depuis la terrasse d’un café. La pluie produit des petits pâtés sur les pages de mon carnet. J’entends : « on se fait sa petite histoire. Son petit vélo dans sa tête ». N. commande un chocolat chaud. Je mange un spéculos servi avec le chocolat. Ils sont bons ces spéculos. N. m’a donné le sien. Le chocolat chaud aussi est bon, mais j’ai froid aux fesses. Une dame qui s’appelle Françoise a emprunté 0.10€ à sa voisine pour régler son thé. Je dis à N. : « En faisant le tour, j’ai remarqué que le prix des clémentines  augmente d’étals en étals. Temps pis c’est trop cher. Je ne mangerai pas de clémentines ». Il pleut encore. Mais ! Zut ! Un avion (très petit) traverse le ciel et laisse une belle trainée blanche, très droite qui sépare le ciel en deux comme  une route.

13h13

Définition du Larousse Encyclopédique : « Egalement appelé bollard, à ne pas confondre avec une bitte d'amarrage. » Il s’agit  d’un bollard surtout si on se trouve en ville. Chouette ! Me voilà rassurée. Mais le mot n’est pas si joli.

10h15

Le ciel bleuit. Je n’aime pas l’odeur de cigarette. Ça fait tousser. -« les spirales sont trop grandes, ça gêne ». Est-ce que des chouquettes vendues dans une boite en plastique sont encore des chouquettes ? Ont-elles le goût du plastique ? J’aime le bruissement du papier d’emballage d’un croissant pur beurre.  C’est déjà le goût du croissant dans la bouche. Je sais qu’il est pur beurre à cause des traces dans le fond de la poche.

10h37

- Essayez de penser à une phrase qui clôt 

- Parce que Geneviève est arrivée ? 
- Non, parce que Madonna chante trop fort. Ça lui donne une voix métallique.  Ça sonne faux ! En plus !

ecriture detail20
Faby Robinson

 
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 10:58

sentier d'ecriture St Cyprien2 

 


Pavés mouillés,

asphalte bruyant

rues de murs rouge

briquettes de sang usé

enceintes hautes et portes blindées

au milieu la Garonne

torrent langoureux qui embrasse et séduit

arches rouges des ponts

flèches rosées  des saints dans le ciel

rugissements du Bazacle

le gué a disparu

le ventre du fleuve palpite à son aise

dans ce corps de sienne et de grenat

sang mêlé

j’ y  suis

je résonne  à sa voix

c’est mon sang qui cogne dans mon cœur haletant

c’est mon sang  moi ici

sur les murs les cicatrices foncées

des débordements anciens

morts, limons, galets retrouvés

toujours  au milieu

le  linceul scintille pour Toulouse

miroir de l’âme

mon cœur mes artères mes veines

tel  le fleuve lui même

respirent  au rythme du courant

voie de rêves  d’ images  de souhaits

des naufrages

des amours emportées

à contre courant

Ce torrent langoureux m’ embrasse et me séduit.



 ecriture detail14

Nadine 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 18:18
sentier d'ecriture StCyprien6


Ne faut-il pas une bonne dose de masochisme, lorsqu’on n’aime ni la ville, ni la marche à pied, et encore moins la marche dans Toulouse, pour s’inscrire à un atelier d’écriture  dont l’intitulé est « Sentier d’ écriture », et le but de vous faire écrire, nez au vent.

 

A priori, l’idée de revoir mon ancien quartier me tentait. D’autant qu’Anne, avec qui je co-écris un polar jeunesse semblait attirée par le dispositif : « Je le sens bien, ce truc ; si tu le fais, je le fais ».

Rassemblement Place intérieure St Cyprien. Seule manque encore sœur Anne qu’on finit par voir venir.

Top départ.

On commence par le Marché St Cyprien, l’une des dernières halles de quartier. Un petit ventre de Toulouse…

C’était un retour en arrière de 27 ans !

J’avais habité à 500 mètres de là pendant 8 ans, et je venais faire mes courses dans ce même marché. Je me souviens que le bruit de la machine à trancher le jambon terrorisait mon jeune fils qui, pourtant, n’avait pas peur de grand chose. Il était du genre à défier un adulte en lui criant « Descends, c’est mon trottoir ! » quand celui-ci entravait son passage.

 

J’observe le va-et-vient de la terrasse d’un bistrot de la Place Roguet. Jadis, c’était le repère des vieux républicains espagnols en exil. Le temps les a eus, un à un.

Quelques accents parisiens, de temps à autre…ça change du local !

Il y a 50 ans, mon accent de titi parigot m’a valu une sorte de rejet. Etonnez-vous maintenant que Toulouse m’indiffère autant. Juste retour des choses.

 

Il faisait pourtant beau, tout à l’heure. Ciel gris au-dessus des toits et des façades patinées de pollution automobile et de moirures sombres : les « toulousaines sont construites sans fondations (ou presque) et pompent l’eau du sous-sol argileux ».

 

Si le quartier s’est un peu embourgeoisé en devenant la « rive gauche » toulousaine quand les abattoirs sont devenus un musée, le marché n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction.

Moi, j’avoue que depuis la lecture de Zola, j’ai du mal à me passionner pour les étalages de viandes, légumes et autres victuailles.

Viandes et poissons sous la halle, fruits et légumes autour.

Devant moi, deux étals concurrents en fruits et légumes : « Chez Cecile » et « Chez François ».

Chez François, un énorme potiron attend le coup de baguette magique qui en fera le carrosse dans lequel Cécile attend probablement qu’on l’enlève…

sentier d'ecriture St Cyprien-marche 


Les commerces de la place se sont bien embourgeoisés aussi.

Bigre ! Une école Supérieure de Coiffure voisine avec une poissonnerie…

Y aurait-il concurrence chez les merlans ?

Je quitte ma table ; le circuit va reprendre.

Dernier coup d’œil : la citrouille a disparu, mais Cécile attend toujours !

 

Place de L’Estrapade…Un kebab, un indien…l’Asie continue à gagner du terrain.

Un réparateur/vendeur de vespas. Dont une rose qui nous fait sourire : la même est le point de départ du polar qu’Anne et moi co-écrivons depuis cet été.

Je lui rappelle que j’attends toujours ses textes….

Vespa rose à côté de ce qui fut le Hussard Bleu…une librairie dynamique dont le patron devait être le meilleur client du commerce de vins et spiritueux sur le trottoir d’en face. Ca l’a tué. C’est devenu un commerce de saloperies venues du bout du monde.

 

Une courette passablement délabrée autour d’un palmier de chine en exil, le siège d’une association « Oasis »…

Place Combes, une fontaine Wallace.

Je raconte l’histoire du clodo qui avait déballé un lot de pouilleries autour de la même, à Paris. Un américain passe, et l’achète. Le clodo s’en va, la fontaine reste…L’amerlo en est pour ses frais.

Cris d’enfants derrière un mur. Match de foot dans un jardin.

 

Casa Catala… Les catalans nous cernent ! Ils sont partout !

 

Au bout de la rue, le dôme de Lagrave… Echos imaginaires d’un concert classique..

Place Lange, les bistrots où les familles venaient se réconforter après avoir appris le décès d’un proche dans l’hôpital en face sont fermés.

 

Port Viguerie… jardin public sans l’ombre d’un arbre.

Quai des Exilés républicains espagnols…Qui osera dire que Toulouse n’est pas une ville espagnole ! Au pied des remparts, des bancs publics en tôle d’acier pliée à la manière des sculptures rouillées de Richard Serra. La promenade se poursuit jusqu’au musée d’art moderne.

En fond sonore, le grondement de la cascade du Bazacle, entre pont St Pierre et pont des Catalans. Toujours les catalans ! J’ai pulvérisé ma première voiture au pied de leur pont, il y a 40 ans.

Au fait…ce matin j’ai entendu que les annonces se font aussi en occitan dans le métro. Ca m’a foutu de mauvais poil pour la journée ! Me font chier avec leurs régionalismes !

 

Remous dans les eaux glauques du fleuve… un brochet chasse.

 

Quai d’en face, la bourgeoisie nous nargue des fenêtres de ses appartements luxueux avec vue sur le fleuve. J’ai pénétré dans l’un d’eux, il y a des années. C’était fantastique.

 

Eglise de la Daurade en face…et à côté , les Beaux Arts où je voulais aller. Opposition paternelle. Tant pis. Aucun de mes potes qui y sont allés n’a fait de carrière artistique. Moi oui, pendant 15 ans. Ironie du sort et des destins contrariés.

 

Sur le quai des « No pasaran ! », trottinette jaune ferraillant sur les pavés,  et joggers trottinant.

 

Vol de mouettes au-dessus de la Garonne. Je pense avoir vu arriver les premières à la suite d’une grosse tempête sur l’Atlantique, vers la fin des années 60. Peut-être que je me trompe.

 

Pause casse-croûte vers 12h30…

 

Anne, frileuse, souhaite un repas chaud. On retrouvera les adeptes du sandwich en plein air devant le Château d’eau à 14h.

 

 

Repas dans un ex bistrot à poivrots reconverti en  petit restau branchouillard, place du Ravelin. A un jet de pierre de mon ancien  domicile de la Rue des Fontaines (la plus longue de Toulouse, avec plus de 300 numéros).

 

Repas sans grand intérêt, servi par un patron qui a des progrès à faire sur la qualité du service.

Eau, pain et vin se font attendre ; les plats proposés au menu ne sont plus dispo. Reste un poulet en ragougnasse, ni bon, ni mauvais.

C’est quoi cette nouvelle manie de cuisiner sans sel.

Il n’y a pas que des hypertendus dans la vie !

 

Conversation soutenue à table. Je reproche (gentiment) à Anne le fait que sa vie sentimentale et familiale ralentisse l’écriture de notre roman commun. J’insiste sur l’importance de ses textes, qui apportent une dimension maternelle que je suis bien incapable de donner (et pour cause !) à ce polar jeunesse. Je dis qu’ils adoucissent la sécheresse de mon écriture du moment. Pourquoi ce dernier roman déconne-t-il moins que mes précédents. Je me suis bien amusé à l’écrire et pourtant cela ne se sent pas…Je vieillis, ou j’ai épuisé mon stock de conneries ?

 

Retrouvailles avec le reste du groupe à 14h…même pas le sacro-saint quart d’heure toulousain de retard.

 

Près de la raide Descente de la Halle aux Poissons (non, je n’invente pas ce nom à tiroirs - ou à casiers), à l’étal d’un bouquiniste un livre d’Irène Frain. Je ne peux pas rater ce télescopage !

 

Après…je zappe la consigne qui voudrait qu’on zieute la foule de la terrasse d’un café et qu’on se dicte l’un à l’autre nos impressions. J’aime pas la foule, et je ne regarde pas la trombine des gens. Sans doute aussi parce que je déteste être reluqué quand je longe une terrasse bondée ?

Anne et moi sommes d’accord sur une chose (une de plus) : nous n’avons pas ici la sérénité nécessaire : le Père Léon c’est bien pour une soupe à l’oignon en fin de soirée, mais pas pour écrire

Autour d’un thé, on parle ateliers d’écriture. J’apprends ainsi qu’Anne m’a soutenu dès la première année, et que c’est grâce à ce soutien que je suis revenu une seconde année au collège de Pibrac. Je lui dois (et à son amie Françoise aussi) la reconduction pour la 3ème année, avec le soutien du Principal. Je suis tellement heureux de ne pas être le seul à avoir remarqué les bienfaits des ateliers sur les élèves !

 

15h30…à la suite d’un coup de téléphone, Anne nous quitte, et je range mon carnet.

Pour moi, le sentier d’écriture se transforme en balade touristique dans les ruelles où je ne mets plus jamais les pieds depuis des lustres. Geneviève qui nous cornaque depuis ce matin a réussi à me paumer dans ma ville d’adoption.

 

Place de la Bourse, que j’ai connue plus cradingue.

Rue Cujas, où ma frangine allait suivre les cours d’une école de coiffure…

Un bric à brac infâme et informe a pris la place de l’atelier de fabrication des soutien-gorges Georgette. La patronne était une vieille allumée à qui j’ai failli vendre une cuisine en 1973.

Je me souviens de sa somptueuse demeure à Vieille-Toulouse, de sa piscine intérieure trop basse de plafond pour autoriser un plongeon ou toute manifestation de joie un peu intempestive.

Je n’ai pas oublié son guépard en semi-liberté pour lequel elle organisait des lâchers de lapins vivants dans le parc de la propriété…

 

Une Ferrari blanche passe en ronflant. Je suis plus Porsche…J’aime pas les Ferrari, mais ferais pourtant une exception pour celle-ci.

 

Je continue à zapper les consignes d’écriture et m’excuse auprès de Geneviève de saboter son dispositif.

 

Encore un foyer catalan…décidément ! Alerte, ils nous attaquent !

 

Place des Carmes, une ancienne boutique Vespa-Lambretta dont on déchiffre l’enseigne délavée et craquelée. Plus loin, un scooter des années 60 enchaîné à un poteau.

Encore des liens subliminaux avec notre roman en cours.

 

Station de métro des Carmes

sentier d'ecriture St Cyprien6

Geneviève qui se désespère de ne plus me voir prendre la moindre note depuis deux heures ne le sait pas (et moi non plus) mais je vais lui noircir quatre pages de carnet.

Sur quoi, grand dieu ? Sur l’art contemporain !

On se demande parfois quelle place lui donner dans la cité pour le réconcilier avec un public non averti, eh bien voilà une bonne occasion ! Cette longue voûte plongeant dans les entrailles de la ville est une réponse possible à la question.

 

L’artiste a travaillé sur la répétitivité de milliers de feuillets d’une correspondance imaginaire (ou pas) sur lesquels le feu a, ou aurait laissé des traces. Photographiés, ils ont été sérigraphiés sur des carrés de plexi agrafés sur une structure qui les éclaire par l’arrière. Cela évoque ce que je crois savoir du travail du verre effectué par Soulages pour les vitraux de Conques.

Curieux, ces adeptes du noir qui prétendent travailler sur la lumière…

Le résultat ressemble à la coulée d’une mer inconnue entre les deux rives de continents imaginaires. Mais pourquoi chercher à expliquer. Est-ce beau, est-ce laid ? L’œil est content et cela me suffit.

Pourquoi plaquer un laïus en lieu et place de celui dont l’artiste inspiré (forcément !) ne manquerait pas de nous assommer si on lui donnait la parole. C’est fou ce que les gens qui travaillent à partir de rien (ou presque) se croient obligés de raconter pour justifier leur travail ! Souvent, le baratin annexe supplante l’œuvre elle-même.

Personnellement, je me fous un peu de ce que l’artiste se croirait obligé de me raconter. Une fois le « comment c’est fait » élucidé, le reste m’importe peu. L’idée de départ est intéressante, le résultat visuel aussi. Epargnons-nous le plat de légumes ou de pâtes qui va avec ! Une fois qu’on connaît le truc et qu’on sait comment le reproduire à l’infini, on se fout de la notice.

 

Et voici mes quatre pages de notes réduites à un entrefilet.

 

La balade va se prolonger sans moi. Je ne descends pas à la prochaine avec le groupe, qui va prolonger l’expérience en écrivant à la Médiathèque Marengo.

Je poursuis jusqu’au terminus du métro.

J’en ai plein les bottines. Lesquelles compriment douloureusement un petit orteil escagassé il y a deux jours.

J’ai dit « escagassé » ? Deviendrais-je un peu toulousain malgré moi ?

 

 ecriture detail19
Gérard Lapagesse

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 18:16
sentier d'ecriture St Cyprien7

 

 

Quitter la lumière de l’air

pour entrer dans celle artificielle du souterrain..

Suivre le passage d’où s’écoule la nuée,

se laisser aspirer, avaler par les marches de lumière.

Sentir le poing du vertige et plonger

dans le mouvement inépuisable de la mer de métal charriant le flux humain.

Abritée par la voûte argentique

je reçois l’écho de vies bouillonnantes et brouillonnes.

Je regarde les corps raidis par la descente

et les mains qui effleurent et glissent sur la rampe.

J’appartiens à ce flot en même temps qu’à côté.

Je suis dans la coulée m’adossant aux parois

de la caverne des hommes de ce siècle.

Je suis de cette espèce traçant des signes, implorant le sens,

solidaire de celles qui nous ont précédées.

Hommes. Hominidés.



ecriture detail18Françoise Forcioli

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 17:26

sentier d'ecriture St Cyprien3
 

Au bord du quai de l’Exil le fleuve s’écoule.

Lenteur des promeneurs, des marcheurs, des familles. Un autre monde côtoie de très près celui d’où vient la rumeur sourde.

Un espace cotonneux de pas silencieux. Emergent parfois des voix, des cris avalés par le souffle du fleuve.

On voudrait laisser couler son regard dans le fil du flot. On voudrait s’y enrouler, s’y fondre, se laisser absorber.

On sent pourtant une retenue, une faille à la paix.

La menace vient-elle du fleuve qui d’une rive à l’autre se déploie ?

On entend son cœur battre. On ressent sa force, sa vaillance, sa violence.

On se souvient des gravures décrivant sa fureur.

On est sur cette même rive où un jour s’est produit la dévastation, l’horreur, le ravage.

Mais on revient au fleuve qui coule sous nos yeux.

On se dit que peut-être l’habileté des hommes a fini par ruser ses ardeurs. S’il gronde encore ce n’est plus de colère mais pour alimenter la turbine de l’ancien moulin.

Est-ce les criailleries des mouettes qui font persister le malaise ?

Elles tournent et virevoltent d’une indécente allégresse. Leurs rires rebondissent à la surface du fleuve et plongent dans le limon s’engraissant des déchets.

On s’amuse de leur grâce de fantômes.

On s’inquiète que leurs bouches sanguinaires ne remontent des eaux quelques cadavres venus de l’Abattoir pourvoyeur de charnier.

On se rassure. L’Abattoir depuis longtemps a fait peau neuve. C’est l’Art dorénavant qu’on suspend aux crochets et l’esprit créateur exulte d’autres tripes.

On laisse les mouettes à leur ballet de jacasses et on revient à soi, assis sur un banc du quai de l’Exil.

Combien se sont retrouvés là laissant derrière eux la mort et la mitraille pour un combat perdu ?

Combien d’insurgés, de bannis, de proscrits ont rêvé face au fleuve à d’improbables retours avant d’ancrer leurs vies sur cette terre d’accueil ?

On repart. On ne saura pas complètement défaire le nœud de ce qui noue et qui ravit.

Peut-être le sentiment qu’ici, la paix et la menace cohabitent toujours.

ecriture detail15
Françoise Forcioli

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 13:39

On a vraiment adoré la lettre de l'école Alain Fournier, alors on ne se prive pas de vous faire partager notre plaisir !

Merci à toute la classe  !




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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 17:09

Silence

Île du sein en l’an de laine

Lent élan au ciel de lit

Saine licence

Éclisse et clé

Nid…

 

Le silence a ceci qu’il scie comme cil sur lin 
                                                                                                                                                 

C'est du ciné
Naît l’aile

Elle aile le nez

 

Le silence est aisance

Il est

 

Science du lien

Oeil de lys  et sel du sang

Lance lisse

 

Sens

Lait d’hélice où s’enlise le si ciselé

-Il nie-

Séance

Anse celée céans

Il sait et il sied

Mireille link

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 14:34
                                 Le passeur de mots

Le passeur de mots
Dans le fond de la vallée
Tapisse les montagnes d'Ercé
D'histoires d'autres contrées.

Dans son panier de bouche
les lettres-cris sont ses écrits
Les lettres d'une musique de roc
D'une natale langue d'Oc

Les gens écoutent les passeurs de mots
Emplissent leur cervelles d'histoires cruelles
et douces
Qui parlent de marcheurs accompagnés
d'un Ours

Les montreurs d'ours montrent la bête aux coeurs
des foires,
Sillonnent le pays jusqu'à celui
Des États-Unis

Le passeur passe laisse traces
Dans les mémoires des hommes
Restés au pays

Ces traces invisibles sous la chair
Circulent en flots de sang pour que jamais,
Les mémoires qui passent ne délaissent
Les images
Du passeurs passé maintenant
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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 14:16
                                                      Le conteur menteur

Dans un village sans nom, aux milieux de mille déserts vivait une communauté d'animaux: vautour, petite caille, chouette, vipère à cornes,côtes de gazelles,cobra.Ils vivaient dans ce lieu par punition, chacun ayant commis une faute aux  yeux de la grande communauté des animaux. Dans ce lieu de désert, nulle douceur, nul roseaux fleuris.
Dans une nuit en pleine étoile,les animaux du village dans une grande assemblée décident de partir à la recherche de la grande étoffe pliée, celle racontée par un passeur de sable qui, d'après ses dires possède le pouvoir d'annuler les maléfices les plus difficiles à se débarrasser.
Petite caille fut désignée pour partir à la recherche de l'étoffe, sa petite taille était une assurance pour ne pas se faire prendre.
A la suite d'une grande cérémonie,les animaux lui confièrent une mèche de lin tressée lui permettant de se rendre invisible aux yeux des prédateurs. Ils savent peu de choses sur la direction à prendre.
Après des nuits passées et repassées, petite caille se trouve derrière la dernière pente sablonneuse, les dessins des grains de sable lui dessinent dans sa tête comme une chimère mi homme mi animal.
Petite caille dans sa fragile aventure marche des jours suivants des nuits oubliant dans sa petite tête de caille et sa quête et l'histoire à poursuivre, les restes de mots partis en grains de sables au menteur passeur de sable.
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