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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 12:20

Araignée de pierre au toit volant
Les lettres se dessinent et se posent sur les murs,
le sol, les tuiles, les nuages...
J'ouvre les yeux et je les vois qui se séparent et se retrouvent,
dans une valse démente.

Bave luisante au soleil rayonnant,
celui qui derrière lui te laisse
avance lentement mais sûrement,
droit devant ou en zigzaguant.
Le principal n'est-il pas d'avancer? !

Du bruit, du bruit, du bruit!
Parfois les mots résonnants
deviennent entêtants!
"On vous a dit qu'il y avait un chien qui léchait les entrailles de Balthazar!!!"
Ben, moi, en causant,
ils me lèchent les neurones
qui finissent par se coller les uns aux autres...
Beurk! C'est gluant et difficilement exploitable tout ça...

Une bulle,
visualiser une bulle,
une bulle insonorisée, hermétique,
mais pas au soleil!
Ecrire pour soi,
avec ses mots,
c'est bon, c'est doux,
c'est libérateur!
Laisser le flot des mots s'écouler,
sans barrage, sans retenue...
Juste s'exprimer
sur la page blanche et accueillante...

Je poursuis ma route et pénètre dans un jardin,
Enfin un peu du calme...
Le chant des oiseaux,
les marronniers en fleurs,
un tapis de pétales roses.
Un doux parfum de sérénité...

Tient, voilà Rex et Médor,
qui courent après un bâton!
Décidément, c'est dur de se retrouver seule...
Je vais encore itinérer,
peut-être jusqu'au cloître.
Aura-t-il retrouvé son calme??
Calme n'est décidément pas le mot du jour...

Au cloître.
Il me reste quelques minutes
pour quelques vers :
          Il y a des pierres écaillées reptiliennes
          Il y a des flaques de soleil sur l'herbe tendre
          Il y a des bouquets de pâquerettes de-ci de-là
          Il y a sa majesté boisée trônant parmi les pierres
          Il y a des visages, des figures, des bestiaires
          Il y a des formes, des arches, des trottoirs
          Il y a des âmes d'errants qui contemplent
          Il y a des enfants cherchant l'énigme
          Il y a des oiseaux témoins veillant sur nos repentirs...



Nadia


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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 16:30

Le temps se répand, m'assomme, m'englue dans ses pages. Je sèche. Je ne vois qu'une solution. Je m'ébroue, me secoue. Je pars au galop jusqu'aux bambous. C'est là qu'habite Madame Zacharie Fou Tchéou. Belle et sombre dans sa robe de rubis, elle s'active aux fourneaux.
Ca sent bon chez Madame Fou Tchéou : un mélange de pot-au-feu, de râgout d'azalée, de vin chaud au cumin.
Elle s'y entend en cuisine. Elle est experte en langues.
" Oh, ça n'a pas l'air d'aller très fort ! " me dit-elle de sa douce voix aromatique.
Elle m'invite à sa table. Pas de simulacre, je déballe tout...
Je lui raconte mes labyrinthes, mes impasses. Mes pauvres mots ordinaires, mes lignes affligeantes, mes chutes acariâtres. Mes récits aussi secs qu'un désert sub-saharien, mes histoires moribondes, mes...
Elle m'arrête, pose ses mains mousselines sur les miennes, me tend son sourire d'acajou, se lève.
" Allez, je vais te préparer une jolie petite langue bien fraîche en redingote de malice accompagnée d'une bonne bouteille de jus de sauvagin au sureau. Tu vas voir comme ça ravigote les méninges, comme ça fouette les mauvais sangs...!"
Elle ouvre grand ses placards, sort ses fioles, ses élixirs, ses filtres secrets, ses elzévirs...
Ca bouillonne dans la marmite ! En un tour de main, la langue est sur la table. Alanguie, tirebouchonnée et tendre à souhait.
Je me régale. " Comment vous faîtes ça Madame Fou Tchéou ?"
" Rien de plus simple ! Tu trouves une jolie langue légèrement récalcitrante mais pas trop. Tu la fais revenir sur toutes ses faces. Tu l'assaisonnes d'inspiration, de soupirs, de rimes dégraissées. Tu rajoutes un soupçon de larmes et une bonne rasade de mystère. Juste avant de servir, tu verses 3 généreuses poignées de doutes et des grosses pincées d'urgence. Ah ! j'oubliais. Ne radine pas sur l'émotion. C'est la pleine saison. Faut pas s'en priver !...

Françoise F.





 
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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 14:25


Je me trouve là. Je ne sais pas depuis combien de temps. Je suis assise sur un banc. Un banc de pierre. Sa fermeté me réconforte. J'y appuie mes mains de chaque côté de mon buste. Je caresse la fraîcheur de la pierre et ses aspérités. Je n'attends personne. Les lieux ne me sont pourtant pas familiers : une place sans grâce particulière, une petite place pavée d'un revêtement brut, rugueux et noirci. Usé par le martèlement de tant de pas peut-être...
Etrangement la place me semble vide, comme abandonnée, suante de chaleur sous un ciel lourd. Mon regard porte large. L'air me frôle, se joue de mes doigts. S'enroule dans ma gorge.
Des odeurs de cuisine confites d'huile et de sucre s'échappent des maisons qui me font face. L'air se charge d'effluves doucereuses et sures. De parfums aigrelets de fraise et de volailles dont l'empreinte semble se déposer jusque sur les linges fanés suspendus aux fenêtres ouvertes.
Des rires s'égrènent soudain, là, à quelques mètres de moi. Deux enfants jouent. Deux jeunes garçons. Leurs corps souples effleurent le sol, concentrent leurs efforts à la poursuite d'une balle molle et déformée.
Ils se déplacent par courtes enjambées dans un carré d'espace rétréci, inondé d'une lumière crue. Retenant l'un l'autre la balle à leurs pieds pour la laisser filer librement avant la prochaine capture.
Chaque fois que leurs mouvements les portent hors de la flaque lumineuse, c'est leur ombre portée sur le pavé qui prend le relais du jeu. Se dessine alors un autre jeu. Un double jeu de corps unis par le lien ténu de leurs ombres collées aux semelles.
Ombres fidèles et dociles rythmant le temps, allant de paire dans un même élan de vie...

Je sais maintenant le soleil haut dans le ciel. Je sens sa brûlure sur mon épaule. De l'eau glisse de mes cils. Je voudrais me lever mais un poids me retient. C'est une laisse. Oui, une simple laisse de cordes tressées, rouge et rugueuse qui entrave mes pieds.
A son extrémité une furie noire tachetée de fauve, courte sur pattes vocifère, niaque l'air de ses dents. Les présentations sont brèves.
Lui, c'est Giaco, débarqué d'on ne sait où. Giaco le chien qui ordonne plus qu'il ne parle. " Détache-moi de cette foutue laisse ! ". Je voudrais appeler les enfants. " Venez, les enfants ! Venez voir!!.. Un chien qui parle c'est pas tous les jours...". mais Giaco grogne et vitupère. D'ailleurs les enfants sont partis...
J'obtempère et suis à peine remerciée ! Le chien me rejoint sur le banc, libre enfin mais furieux encore. Giaco a une bonne tête bien qu'un sacré caractère. Doucement je le caresse, lui dit de se calmer sinon je mords. Il en convient et s'apaise.

Serrés l'un contre l'autre, Giaco raconte son histoire : "l'histoire du monde" selon Giaco. Il fût le maître Giaco, le maître d'un monde libre et aimant. Il donnait sa voix aux oiseaux et aux bourgeons, donnait ses oreilles aux murs et aux fenêtres, soufflait l'air chaud au nu des arbres.
Un jour est arrivée l'Ombre. Je lui demande quelle ombre ? L'ombre de qui ? Mais Giaco ne répond pas aux questions. Il dit "l'Ombre" en appuyant fort sur le "OM", l'effroi dans la voix. L'Ombre est donc arrivée et le royaume de Giaco fût brisé. Au début de leur rencontre, l'Ombre était douce et craintive. Elle se faufilait légère, posait son auréole sur les buissons, tendait son miroir à Giaco.
Giaco était heureux. Il appelait l'Ombre "ma petite âme". Dans un sanglot il dit :    " Un jour elle m'a trahi. Adieu la liesse ! Elle m'a sanglé à sa laisse".
Pauvre Giaco ! Je ne comprends pas grand-chose à son histoire, mais ce que je sais c'est qu'il est vraiment content de m'avoir rencontré. Il me lèche les mains en signe de reconnaissance. "Tu te rends pas compte ! Tu m'as libéré ! " il dit encore. Sa gratitude me réconforte.
Nous voilà sereins tous les deux. Assis sur le banc à ne plus rien dire, à regarder passer mollement le temps.

Le soleil est toujours haut dans le ciel. J'ai chaud. Sur mon visage crisse le sel et mon corps semble se dilater. C'est le moment de lever l'ancre et de quitter Giaco. " Où vas-tu ? " me dit-il. A vrai dire je n'en sais rien. Je réponds machinalement  : "Vers la fuite d'un jour". Giaco se marre. D'un air doux, peut-être pour ne pas me vexer, il questionne : "Tu connais le Jardin des Songes ? ".

La route semble facile. Giaco trottine devant. Il paraît avoir un excellent sens de l'orientation. Pas comme moi qui me pers pour un rien.
En chemin, nous rejoignons une troupe d'une dizaine de personnes. Hommes et femmes, visages avenants, regards droits. Certains portent de longues fourches dont l'extrémité se termine par une mine de crayon. L'un deux m'interpelle : "Nous allons cueillir des mots au Jardin des Songes. Ca t'intéresse ?". Sa voix est forte, vise directe. Posture de chef qui sait. Sur le moment, je bafouille que oui, le jardin c'est là où je vais, mais pour cueillir les mots...? avec un tel attirail ?
Derrière les lunettes, ses yeux brillent et sa barbe s'éclaire d'un sourire.
" L'attirail, c'est pour creuser. Creuser d'abord et longtemps. Patiemment. Sans trop de hâte. Creuser la matière. En soi aussi."
Je regarde Giaco que personne ne semble voir. Compatissant, il me glisse : "Avance ! Tu verras bien."

Comme à tous, elle apparaît. Au pied des hautes neiges. Grande bâtisse aux murs épais, ambitieuse forteresse acrochée à son pic rocheux, elle domine et règne sur les hommes, les bêtes et le temps.
Elle est belle l'orgueilleuse cathédrale. Je lui rends visite. Elle offre à nos regards son luxe ostentatoire. Nourrie du sang de ses saints, de ses moines et de ses gens de peu, elle étale ses icones, ses mitres, ses bâtons, ses grandes orgues.
Son étreinte me glace. Je m'en détourne et vais creuser plutôt autour, aux alentours de ses atours.
Giaco a disparu. Il m'a laissé son flair. Je sors mes mains de mes poches et m'attelle à la tâche. Je vais, je tâtonne. J'arpente les ruelles moussues, me perds dans quelques labyrinthes. Erre dans de sombres impasses. Je crois que j'approche du Jardin des Songes. Une pente de rampes froides me sert de fil d'Ariane.

C'est donc là, ce terre-plein formant cour. Je m'appuie aux dentelles des fenêtres de pierre ouvertes sur une mer foisonnante de couleurs et de vies. Elle ondule en phrases ancolies, en boutons d'éclosion, en poèmes suspendus, en vertiges miroitants.
Je suis certaine que l'heure du soulèvement a sonné. Les mots clignotent en guirlande de lampions. Je les fourre par poignées dans mes poches.
Je creuse encore des signes dans les massifs de santolines et de troènes. Je ramasse le nid couleur sang et le dépose sur la pierre du récit.
Osant encore mon oeil haut dans le ciel, je vois sur le reflet des vitraux, s'envoler l'ange.

Françoise




 
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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 15:28

LE CHATEAU MAGIQUE

Décor : Vieux château, à la Lorelei, au bord du Danube. Un jeune vampire s’entraîne à mordre des gorges de jeunes filles en costume

« Stop ! Autant torpiller mon film ! Lumière ! » crie le metteur en scène.

Mines déconfites, un peu niaises des actrices au teint malheureusement scintillant !

« Je veux du sombre, du lugubre » Qu’est ce que tu fais en marcel ? crie t-il à l’apprenti vampire Un nuage passe, les acteurs s’esquivent. Où est le moine ?

  Le réalisateur épuisé mais stupéfait par les rires qui fusent doucement, commence à sentir  les rires audacieux  de la troupe.

« On ne tourne pas Au nom de la rose !  Bon sang ! » re-rires.
Second plan : dans un champ de chardons, une jeune fille, visage  tordu par la douleur, lenteur des caméras…

«Action ! » 

Mais le baudet préparé pour la scène, affolé par le bruit vient de renverser le vélo d’un figurant.

« Stop, c’est à s’arracher les derniers cheveux qui me restent   et arrête cette grimace ! » dit il à la niaise apprentie- actrice ! 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 15:21

Ballade solitaire dans Moissac

 

Aujourd’hui, pas d’audace. Tout me prédispose à l’humilité. Je vais observer, je ne participerai pas à l’animation ambiante. Je voudrai trouver  le silence, me fondre dans le rose des briques, aller me nourrir du vert feuille de lierre.

Je ne perçois que des contrastes dans Moissac, ville enchâssée dans le passé avec  son abbaye  qui subit des bruits des plus modernes. Le train et son infernale résonance  qui s’impose dans le cloître et sirènes d’ambulances me ramènent violemment au réel.

Plaisir de déambuler dans les ruelles aux stigmates d’une vie  intense passée : enseignes aux peintures délavées, murs de briques troués, portes disjointes d’ancienne grange alors que les rues  commerçantes sont  équipées de pavés pour faire croire aux passants à leur  plongée dans le Moyen Age.

Pourquoi parlerais-je des maisons, des arbres, alors qu’il n’y a que les gens, les vivants qui m’intéressent ? Dans les monuments je recherche la main qui les a construits, la pensée que pouvait avoir le sculpteur pendant son travail.   Bourdonnement joyeux,  rires éclatant des enfants qui se ruent tête levée pour dévisager le tympan.

M’éloigner de l’abbatiale, arrivée place du marché, observer les gens d’ici. Beaucoup de  voitures, peu d’échanges les piétons pressés comme partout, dans ce centre au calme plat, ce coeur de ville  qui paraît ne plus battre.  

Reconnaître ma solitude dans cette déambulation, en ramener mes émotions, choisir les mots qui ne vont nous trahir. Mais qui serait touché par le spleen d’une « apprentie-écrivante » en mal d’inspiration ?

Retour au Carmel  d’un pas plus alerte et  ma gaieté est revenue !  J’ai   décidé de me lancer dans l’aventure d’ un récit qui pourrait se passer au XI siècle au temps fort de l’Abbaye  de Moissac.   

 

 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 15:16
 

" être contemporain à soi "

 

 

Une brise légère, un souffle divin, pourtant surplombée par tous les monstres de la création biblique, je me sens en sécurité sur les marches de pierres.  Elles sont polies, lisses comme du marbre, douce comme de la peau. Toutes ces bêtes à l'aspect effrayant veillent. Sur nous, sur la ville. Peut-être sur rien du tout d'ailleurs? Bizarrement, ça a un côté rassurant.

-« Vous voulez qu'on échange? Vous voulez pas qu'on échange? »

-« Moi, j’aime bien ces petits personnages qui font des grimaces ! »

Il règne ici une paisibilité inhabituelle, une quiétude propice à la méditation. La chaleur sans être écrasante me plonge dans un état cotonneux. Ma demi surdité m’isole juste ce qui faut. Le serveur dit qu’il devient fou. Soi-disant par ces incessants aller retour pour nous servir nos boissons. Je m’étonne un peu, je pensais que cela faisait parti de sa fonction.

-« Tu as vu je commence à avoir mon attirail pour commencer à arrêter de fumer »

 

Le pot à l’envers se trouve place Durand Redon, le Graal aussi. Si Arthur Pendragon l’avait su, serait-il allé si loin ? Où alors, qu’importe le but du voyage, seul le chemin importe. Pourquoi regardent-ils tous en l’air ? Quand le sage montre le ciel, le fou regarde le doigt. C’est triste ! Ou peut-être juste prudent ? Tant pis pour la prudence!

-« de l’aide ? »

Je ne sais pas ! Je sais juste qu’elle ne viendra pas du ciel. Les lettres de la ville sont bien cachées. Comme le sont souvent les maux ! Ici, on ne distingue pas non plus les pansements. C’est bien fait finalement. Mais tout de même le pot à l’envers de la place Durand Redon. Peut-être que tout vient de là ?

Hop ! Cachées sous le pot les misères. Un petit coup de balai et ni vu ni connu. Je n’arrive pas à me résoudre à l’idée que ces monstres soient là par hasard. On ne montre pas impunément de telles atrocités. Avec le temps, on colmate, on panse et on ne voit plus rien. Ou presque. Les blessures, elles subsistent et deviennent intérieures. Un jour, elles peuvent ressurgir. Au moment où on s’y attend le moins. Finies, les dégustations nonchalantes  de sorbet de chasselas aux terrasses des cafés.

-« Ici, c’est l’enfer !Ils se font dévorer par les serpents. Ils ont beau implorer Abraham, ils brûleront dans les flammes de l’enfer »

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 17:01

Fontaine, je boirai de ton eau, après, après l’eau de roche charriée par les torrents fringants. Après l’eau dégringolée des cascades. Après l’eau du nuage crevé. Après l’eau souterraine née de la nuit et du silence, l’eau où craquettent de noirs insectes, l’eau où clapote la musique des rêves. Après… Après  l’eau du fleuve.


***


Élans et racines

Joie du pied

Voile des voix  

Qui soutiennent le temps

Et l’espace

Secret de l’eau infinitésimale

Où fleurent

Les essences de la terre

Sa peau

Saveurs qui savent

La corne du son

 

La toile du ciel danse

Sur les sommets du souffle

Voûtes qui envoûtent

Toutes les voûtes

Le om de l’homme

Les hommes rhizomes

Ils bandent l’arc infini du monde

Pan déployé comme un paon

Tapis des voix tapies

Tissé de tous les fils de l’air

Solutions

 

Sur la hampe du P

L’acanthe

Dans sa panse les oiseaux

Et le V qui attend sa voyelle

Vase où se caler

Pour ouvrir les mots

 

***


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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 11:41

 

La consigne est la suivante : écrire pendant une heure librement, devant le tympan de la ville de Moissac, et se laisser aller au fil de ses pensées.

Horreur et damnation pour moi ! Écrire sur commande est déjà carrément impossible en ce qui me concerne, même dans un lieu privilégié chargé d'histoire. Mais en plus, écrire, alors que des dizaines de collégiens sont là, accompagnés de leurs professeurs, s'interpellant, commentant, rigolant, c'est de la haute voltige pour moi.

Alors, je suis là, attablée à ce bar, incapable de me concentrer, l'esprit vide, sous ce beau soleil de printemps. C'est vrai que le lieu est particulièrement beau. Le Tympan, la porte d'entrée de l'église abbatiale Saint Pierre, est une pure merveille ; pour le décrire, il faudrait des heures, tant il est travaillé et rempli de symboles.

J'envie mes camarades de stage si prolixes, à l'imagination débordante. Je me trouve terriblement terre à terre, faisant peu travailler mon imagination, m'intéressant plus peut-être aux problèmes « politiques »quotidiens. Il y a de la préoccupation dans l'air en ce moment, pour tant de gens démunis devant tous leurs problèmes, et ici il doit y en avoir pas mal aussi, parmi tous ces gens qui passent.

Stop ! Je vais me balader dans la ville !

Aie, au moment où je me lève, passe Philippe, le formateur du stage.

  •  
    • « Quoi, que fais-tu ? La consigne est d'écrire une heure, pas moins » me dit-il.

    • «  Mais je n'ai rien à dire, et en plus, je ne peux pas me concentrer »

    • « Mais si, tu vas voir, tu vas trouver, me répond-il, choisis toi un autre coin plus tranquille »

Et me voilà partie le chercher, ce coin. Au détour d'une rue, qui vois-je ? Marcel, sur une petite place ombragée de platanes. Il me fait signe, et m'interpelle (ah, lui non plus ne respecte pas la consigne ! Pardon de cafter !) :

  •  
    • « viens voir les jeunes merles !»

Ah, tu tombes bien, Marcel, l'écriture est retardée encore, et puis ce serait impoli de refuser.

Ils sont sympas ces merles, et toi aussi !

Enfin je finis par lui dire que j'ai du boulot, je dois d'abord le trouver ce coin magique !

J'attérris sur un muret ombragé sur un parking, prés du cloître, et j'écris ce que je peux.

C'est vrai, finalement, on peut toujours écrire quelque chose, même si cela n'est pas particulièrement brillant et que cela ne restera pas dans vos annales. On peut écrire donc, comme on peut l'ouvrir, même si l'on a rien à dire.

Re-stop ! Il n'est pas tout à fait 11 h 30, heure de clap de fin. Espérant ne pas tomber à nouveau sur Philippe, je me dirige vers le point de rendez-vous, en passant sur une passerelle au-dessus de la voie ferrée, blessure ouverte par la SNCF, au XIX ème siècle, scindant en deux un ensemble architectural initial remarquable. Déjà, à l'époque de cette agression, les intérêts économiques primaient sur les intérêts culturels. Heureusement quand même que Prosper Mérimée a pu sauver du massacre, ce que nous pouvons apprécier aujourd'hui.

Quand tu liras cela Philippe, je crois que tu ne vas pas être déçu par ma prose !

 

                                            Ah ! le beau merle !

 

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 08:35

tu sais, on aurait pu s'enfuir, Marguerite, prendre l'escampette, comme on le dit dans le pays, en sautant par-delà la murette à la barbe de ta grand-mère qui siestait sous la glycine
j'aurais bien été capable de dézinguer un bout de ton ciel, dégonder le volet en bois qui te retenait prisonnière, et j'aurais pris ta main, comme on vole une pomme, pour courir plus vite
tu n'aurais pas crié quand j'aurais cherché à nous perdre comme quand on étaient petits, là-haut, tout en haut de la grande montagne
tu n'aurais pas crié parce que tu n'aurais pas eu peur


oui, on aurait pu, par amour, par choix, pour ne pas être les derniers, pour partir, pour fuir, parce que
les raisons, ce ne sont pas elles qui font agir, c'est ça que tu disais souvent, les raisons, elles murissent sur les grappes, on les vendange et on les partage pour paraître plus juste
les raisons, c'est à la fin d'une saison de vie qu'il faut les ramasser, quand elles semblent bien pourries par le temps, presque à se détacher d'elles-mêmes
avant, c'est vert, presque amer, les raisons, ça n'a pas même de goût, c'est tout juste bon à être accumulé avec les savoirs, les connaissances, sur ce tas, là, celui qui te sert de compost

je me serais peut-être trompé, Marguerite, gouré, rompu, bien avant le premier cairn 
peut-être qu'on ne se seraient même pas perdus dans la montagne, celle de là-haut, parce que je l'aurais perdue de vue bien avant, la rocaille, ou parce que le temps nous aurait manqué, parce qu'il aurait fait presque nuit déjà, parce que j'aurais fait barrage avec mes bras pour empêcher tes larmes, parce que tu aurais reconnu le chemin du cap de l'âne, parce qu'ils auraient envoyé les chiens à notre poursuite

le chien, Marguerite, t'en souviens-tu seulement ? tu sais, ce gros chien qui depuis toujours avait le goût du sang
il l'avait pourtant dit, ton grand-père, qu'on ne gardait pas un « chien qui »
parce qu'avec un « chien qui », il y avait forcément un « jour où »
mais il n'avait pas pu, non, à cause de ses yeux de loup et de son regard presque humain
à cause de cet air d'être, de cette façon de ne pas supplier, de ne pas sentir la mort qui lui tirait la langue, à cause du vent qu'il battait innocemment avec sa queue

il n'avait pas pu

il y avait des jours où jusqu'ici ça sentait le caoutchouc, ces jours-là, on aurait pu se choisir une maison dans le village, car toutes étaient vides, désertées, c'était jour de marché ou jour d'usine et tous étaient à la ville
on aurait pu en élire une, avec un grand lit, pour s'allonger
une maison de village avec un perron et une rambarde en fer, joliment travaillée
une entrée de quelque chose pour te faire honneur
un quelque part où je puisse, pour une fois, passer un seuil

 

afin d'éviter                 tout retard
(j'ai toujours été en avance, Marguerite, toujours, j'aurais du en crever)

 

et toute                       dispersion veuillez
(ma mère, jeune, et son troupeau d'oie)

 

attendre                      dans le Cloître
(cloîtrer, sans jamais pouvoir sortir du secret)

SVP                    merci
(s'il te plaît pardon Marguerite)


 

la porte du dépouillement, c'est comme ça qu'on appelait l'ancien passage des pestiférés
nous y passions, enfants, têtes en lambeaux, pieds ampoulés, comme des fantômes écorchant leurs petites hontes au mur de pierre
t'en souviens-tu ? 
il m'arrivait d'attraper un serpent dont j'écrasais la tête entre le pouce et l'index - l'épreuve -
j'aurai pu devenir ton roi, Marguerite, ton prince, pour te défendre contre les gorgones - la preuve -

 

un jour, il est arrivé
il expliquait les pierres avec des postures de discobole, un doigt lancé par-dessus la montagne et des paroles savantes pour défricher les chemins et toi
toi, tu buvais à ses lèvres, tu dansais immobile dans le vent, tu riais sur les ruines,
oubliante,
oublieuse de notre jubé, de nos cathédrales, de notre saint crocodile  
déjà partie
raptée

j'ai voulu te retenir

                          

ton rire contre la dalle, ta tête contre la pierre

                                                                                                                                                                                                                                                    silvie piacenza
 

 
 
 
 

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 21:18


Au château, ils sont tous là... Réunis et prêts à mordre. Quelques uns pensent plus loin... ils ont dans l'idée de torpiller leur voisin. Qu'il s'écroule le maudit, transpercé de lumières !
Il n'y en a qu'une ! Belle comme un nuage en scintillant marcel. C'est la niaise jolie assise dans ses pensées. Elle tapote la table de ses petits doigts légers. Elle attend. Que vienne le soir, le soir du grand bal et le bouquet final !
D'abord esquiver le vilain, qui ressemble à un moine. Celui que ses parents tordus se sont mis en martelle, de lui faire épouser. Surtout lui rire au nez à gorge déferlée. Qu'il en soit stupéfait ! Rire de son épouvantable mine et sentir l'audacieux prétentieux, bête et ridicule. Se délecter et le voir pâlir, sa rose à la main. Imaginer sous l'effet de l'affront, la charmante en épines transformée en abominables chardons...

La jolie niaise sourit, laisse encore mûrir dans sa tête ses redoutables desseins.
Mais rien ne presse !... Les lenteurs lui conviennent, lui donnent des couleurs.
A regarder tous ces vauriens attablés, le plus raisonnable ne serait-il pas de déguerpir au plus vite ? A vélo, pourquoi pas ? Mais dans ce triste lieu n'existe qu'un pauvre baudet usé jusqu'à la moelle ! Où alors mettre son cou à ses jambes et courir courir, filer tout en cheveux... S'enrouler jusqu'à lui. Et enfin entreprendre de tendres explorations...
Non, non courage niaise jolie ! Avant ça, il faut qu'ils  t'entendent. Crier et encore crier et hurler au scandale !
Pour tout envoyer valser, il n'y a plus, patiemment qu'à attendre le bal !

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