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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 20:18
textes écrits par les participants du sentier d'écriture Matabiau-Carmes, samedi 12 mai 2012
 

D’abord une tache d’encre noire, encre de Chine,

Qui s’écoule au rythme d’un escalator.

Les passants quotidiens regardent ils toujours avec le même étonnement cette œuvre ?

Voie lactée d’un lait noir,

Ombre chinoise, visage d’un loup,

Comme un vertige, peur du vide, de tomber, de la nuit,

Vertige de la nuit, d’insomnie, du petit matin,

« Pluie, ombre, noire, fulgurante, lumière, mariage, préposé, conduites, peintures, blanc, pharaon, maternelle, profonde »

Regarder dans l’autre sens, escalier roulant, sortie de secours, l’air manque, comme prisonnier, la lumière qui palpite comme un cœur enfermé dans son corps

« Ad nauseum », jusqu’à la nausée

 

 

Chose lue : PHOTOGRAPHEIN : écriture de lumière

  

DOMINIQUE

 

 

 

Une voûte noire nous accompagne vers l’intérieur. Un tapis céleste qui suit le déroulé de l’escalator. Une voûte amie, rassurante. Courbe et tranquille. Nous sommes absorbés dans une obscurité enveloppante. Quelques rais de lumière. Pénombre et paix. Un cloître accueillant, envoûtant.

Et puis, on y entrevoit des écrits, des feuillets. C’est une voûte d’écriture. Un ciel, un chemin d’écriture. La pénombre calme la main inquiète de l’écrivain, le cœur sombre de l’artiste, apaise les angoisses, suspend le doute, contient la peur.

Y voir alors « un ciel étoilé et transparent, dense et lumineux » ; la voie lactée. En elle se fondre, se perdre, s’abandonner. Confiant.

 

MIREILLE M

 

 

Métro des Carmes,

            Vacarme,

La voie lactée,

            Entrée,

Lumière brisée, lumière voilée,

            Un aigle noir s’est posé,

Métro des Carmes,

            Vacarme,

La voie lactée,

            Passage,

De mémoire, brûlée,

Du ciel à la terre,

            Matérialité et spiritualité,

Dualité,

Métro des carmes,

            Vacarme,

            La voie lactée :

Echelle de traces

 

KARINE

 

 

 

 

La grotte des Carmes

 

 

 

 

De tout temps et en tout lieu les grottes servent de refuges pour tous les êtres, qu’ils soient humains ou non. Pour ceux qui cherchent un refuge pour la nuit, pour enfanter, panser des blessures ou reconstruire des destins brisés. Pour ceux qui cherchent par la méditation une Voie, convoitent par versets interposés l’espoir d’approcher et d’accéder au spirituel. Pour ceux qui espèrent s’accomplir par le silence et se refaire une âme fracassée, donner un sens à leur vie. À la vie. Pour ceux qui veulent grandir, s’élever et s’échapper de la hauteur d’homme. Pour ceux qui veulent se protéger et épargner les leurs des éléments et des affres de l’existence. Pour ceux qui sont appelés à transmettre la parole Divine. Tous habitent des grottes. Diable et Dieu se combattent en ces lieux en un combat permanent et inutile. Leurs disciples s’usent dans des incantations pour le sauvetage des âmes ou pour un ticket pour l’enfer.

Certains artistes y rencontrent leurs muses. Ils sont les plus heureux. Leurs bonheurs parfois nous parviennent. Nous submergent et sans vraiment comprendre l’œuvre on adhère à l’esprit des grottes. Mais souvent jaloux ils ne partagent pas leur œuvre. Mais pas tous.

Mais, ces lieux sont aussi les refuges des Démons, des diablotins  taquins et des êtres malfaisants qui y habitent et qui cherchent dans l’alliance avec l’obscurité une manière de s’amuser ou de d’accomplir de sombres desseins. Nuire. Depuis longtemps L’Homme, lui, a perdu la faculté de voir dans les ténèbres. Il ne l’a pas accepté. Seule la lumière lui sied. Hélas, son viseur nocturne ne fonctionne plus. L’instinct n’y est plus, il a disparu avec la perte de la faculté. Ne plus pouvoir voir dans un milieu hostile, mène à être désarmé. Désabusé. Egaré. Et pourtant dans le noir, l’obscurité érige les moments les plus délicieux de l’amour charnel.  Accomplis dans le noir les murmures se mêlent aux soupirs pour donner les couleurs d’une fête et d’un cadeau. Signes de vie.

Il y’a des milliers de grottes de par le monde et toutes sont habitées. Des territoires se tracent, des destins se croisent, des histoires se font et se défont et nous nous n’en savons rien.

La grotte du métro des Carmes a deux visages, un clair et un obscur. Un cerbère veille, un œil ouvert et un œil  fermé, il scrute nonchalamment les déplacements incessants des usagers du métro. Il y a ceux qui hésitent à y entrer et ceux qui sont pressés de quitter ce lieu clair-obscur et ceux qui y ont trouvé refuge. Mais personne n’est indifférent ni épargné par cette lumière défiante. Ce n’est pas un lieu macabre, c’est un lieu vivant.

Une entrée sombre liée à un long escalier mécanique attire et absorbe l’usager vers les quais, vers les abimes. A l’opposé, en vis-à-vis, parallèle et symétrique tracée au cordeau la sortie oriente l’usager vers la lumière du jour.

On a beaucoup glosé sur le jour et sa lumière et si peu dit sur la nuit et son côté sombre. Le côté obscure de la nuit règne mais ne domine pas. Tel ce miroir de Gustav Klimt qui emprisonne et unis des êtres dans un tableau qui reflète « la mort et la vie ». Sereins, beaux et colorés dans la clarté du sommeil mais, la mort guette. On ne peut s’y échapper tant que le miroir ne se brise pas. C’est un flash de vie. Un moment.

Les Carmes et les Carmélites, de cette demeure semi-souterraine, observent nos faits et gestes et nous on ne le peut pas, notre chamane intérieur s’est endormi depuis bien longtemps. Mais il y a quand même quelque chose de présent. Une présence. Une forte présence. Certains ne peuvent percevoir ces êtres immatériels que s’ils font appel à leurs sens. Les sens primitifs avec lesquels l’homme est né et qui sont toujours en nous. On est ensemble en ce lieu. Vraiment ensemble.

L’antre du métro des Carmes est immense. Dès le premier pas au seuil, dès le premier instant, on a l’impression d’être  aspiré,  d’être absorbé, d’être épié, d’être accueilli. Quelque chose nous enveloppe,  nous effleure, nous bouscule. Par qui ? Pourquoi ? Tout est vibration.

Si on regarde vers le bas des escaliers mécaniques, on a une forte sensation, si on regarde du bas des escaliers vers le haut on a une autre sensation d’une autre intensité. Ambivalence sur un même lieu au même moment. C’est le même sentiment quand on va vers une maison qu’on aime, ou qu’on quitte parce que la déteste. Mais quelque chose est à tout jamais imprimé en nous. On ne peut être désinvolte en ce lieu. De ce lieu.

Pour qui n’a pas approché la voute de cette grotte de près aura le sentiment de malaise, mais si on s’approche et si on la touche et qu’on regarde les détails ; certes le Diable est dans le détail ; ne peut comprendre, ni même avoir la possibilité et le moyen de poser des questions. Le toucher et la proximité donnent la sensation du vrai et du beau, fournissent un fragment de réponse, qui finit par faire  vibrer les sens.

Alors, pour les réponses à attendre de cette grotte il ne faut pas espérer, seul notre sentiment d’insécurité ancestral nous enveloppe. Que dégage cette grotte ? Il faut scruter centimètre carré par centimètre carré pour espère avoir un soupçon de réponse.

Les Carmes, les Carmélites, les contemplatifs et les contemplatives. Mais oui, c’est ça il faut contempler pour qu’une bribe de réponse nous effleure. Nous noyons encore plus dans les affres des non- réponses propagées par les mystères dégagés et nous pousse à aller encore  plus loin dans la visite des entrailles de la grotte.

Dès le premier contact avec la voute céleste on est surpris saisi et tétanisé par un sentiment qui s’apparente à l’angoisse. D’incompréhension au moins. De surprise surtout. On veut revenir sur ses pas. Le métro on s’en balance on peut prendre d’autre moyen de locomotion, notre époque est créative et généreuse et regorge de moyens de transports. Mais on y va quand même, on allonge le pas la tête en l’air. Cette mystérieuse atmosphère lourde, mais qui captive le contemplateur. Cette grotte offre le sentiment qu’elle est aussi protectrice que le ventre d’une mère, autant elle est répulsive pour celui qui n’arrive pas à l’apprivoiser.

Cette bouche de métro, cette grotte est vivante. Il faut le dire. Elle parle. Elle parle à celui qui sait écouter. Elle parle en silence. La voix brisée. Le corps calciné. L’âme meurtrie. Et mille mots s’y balancent pendus par les pieds. Mille mots qui chantent. Mille mots qui pleurent. Mille mots qui gémissent. Mille mots figés dans une voute céleste infinie. Un cri cristallisé figé à jamais comme un témoignage. Un cri de joie, un cri de colère, un cri d’effroi, allez savoir. Mais il est là. Un cri de témoignage des grottes de Lascaux des Carmes. Le cri des Hommes premiers et des Hommes de l’éternité ne fait qu’un.

Pour ceux qui ne savent pas et s’obstinent à questionner, pourquoi ? Pourquoi comme çà ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Quel hommage veut-on rendre ? Pour qui ?  Des mots de soi. Des mots pour soi.

Un petit garçon dit à sa maman pressée de quitter ce lieu : « Regarde, maman regarde ». Et est ensuite absorbé avec sa mère par l’escalier mécanique. Un escalier sans âme. Froid. L’enfant a vu quelque chose. Il a vu un ange, que les adultes ne peuvent voir. Les anges sont là. Vivant leurs vies au quotidien. Vivant leurs éternités. Cette grotte leur va à merveille, elle est faite pour eux. Seul un ange peut voir un ange, car ce petit enfant en est un.

Les Carmes, les Carmélites, l’escalier mécanique. Le spirituel et le matériel se côtoient vivent en bonne harmonie ? Non, c’est le combat éternel. Combat pour l’éternité. Les anges s’efforcent que les hommes ne se cognent pas contre l’escalier mécanique, ils guident leurs pas. Et la mécanique broie tout sur son passage. Un parking pour un cloitre cela vaut-il la peine ? Vaut-il le prix ?

Impression macabre. Impression lumineuse. Impression féerique et triste à la fois. On dirait du Tim Burton avec la vibration en plus. On sent un cœur battre, on hume la cendre, on est taquiné par les anges. Est-ce des anges ou des fantômes. Cela importe peu, on a le même effet car ils sont de la même matière : de l’éther. Il découle de la même essence : le rêve.

 

 

MESSAOUD

 

 
textes écrits par les participants du sentier d'écriture Matabiau-Carmes, samedi 19 novembre 2011
 

Le crâne des Carmes

 

Brûlez-moi ce ciel que je ne saurais voir.

Roussissez à la flamme la voûte de mes pensées. Faites flamber cette boîte crânienne gigantesque et obscure.

Laissez s'infiltrer quelques rais de lumière dans les fissures osseuses noircies pour éclairer les millions de mots qui y sont enfermés, juste ce qu'il faut pour les deviner, les entendre susurrer, se consumer.

Enfermez les voyageurs dans cet espace temps contracté pour ne les laisser sortir qu'au compte-goutte comme une lente procession d'histoires.

Ecoutez-les hurler doucement.

 

PIERRE

 
 

Etre sous la voie lactée de la sciure, des carmes qui crament, qui rament, qui s’marrent …

Etre sous la voie lactée et regarder tous ces gens qui montent au ciel, et ceux qui en descendent, quel va-et-vient incessant.

Lieu insolite où il n’y a pas l’odeur de fumée, de papier brûlé, et pourtant il est partout, nous envahissant de ces traces noircies au feu, de ces écritures jetées à l’encre de charbon…

Comme une traînée de poudre, elle nous achemine jusqu’au fin fond des abîmes…

 

AGNES

 
 

LA METROLACTEE…L’ŒUVRE-REUNION

 

Au loin

Au bout de tout

Tout au bout

Direction là bas

Magnifique Présence laiteuse

Inaccessible, Indicible

 

Signe

Dans la nuit noire

Elle est

 

En ce lieu métallique

L’œuvre-Réunion

Vivante

Union de l’Ensemble de Nous

Là…Tout est Dit

Ecrit, Décrit, Inscrit

 

Lumière rouge

Attention voie impraticable, insensée

 

Lumière verte

Le chemin-passage est ici

 

Se laisser transporter

Au loin

Au bout de tout

Tout au bout

Direction là bas

C’est la sortie, l’issue, l’échappée…

C’est elle !

LA METROLACTEE…L’ŒUVRE-REUNION

 

 

BERNADETTE

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by La Chaufferie de langue - dans sentiers d'écriture
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